Voici certainement le film de zombies le plus controversé de l'histoire du cinéma !
Sorti en 1979 et rebaptisé alors "Zombi 2" pour profiter du succès du "Zombie" de Georges Romero paru l'année précédente , il en a été pourtant été tourné totalement indépendamment. On peut dire que scénaristiquement il se situe, en fait, avant "Zombie", et de ce fait aurait plutôt pu se numéroter "Zombie 0". De surcroît, comme par un bienheureux hasard les héroïnes des deux films ont une vague ressemblance, il peut être plaisant de voir les deux à la suite.
Neo Publishing fut le premier à proposer la version intégrale de ce film en DVD , une
première fois le 03/05/2005 avec une version collector et une seconde le 03/07/2006 en version simple.
Les deux sont encloses dans un fourreau carton. Disons tout de suite que le deuxième
DVD de la version collector ne présente qu'un interêt très limité : de prétendus "bonus",
l'un sur les maquillages et "truquages" qui sont bien à peu près partout les mêmes.
Une partie incompréhensiblement intitulé "Festin des vers" qui est en réalité l'interview d'un
acteur jouant quelques minutes seulement ( le zombi corpulent dans le voilier, Arthur "captain"
Haggerty) et qui raconte n'importe quoi. Un autre gars nommé Drakar qui malmène une
guitare acoustique, une galerie photos de ... 13 images !!! Etc...
En revanche le traitement du film en lui même est digne de tous éloges.
Fulci et les morts-vivants
Ce film a valu dans les années 80 une réputation exécrable à Lucio Fulci :
En effet, la censure s'était tellement acharnée dessus qu'on n'y voyait pas un seul zombi !
Son réalisateur a donc longtemps été considéré comme un mauvais plaisant...
On ne peut donc que se féliciter de ces rééditions car ce film est aussi indispensable que ceux de Romero dans l'établissement de la mythologie cinématographique du mort-vivant : une scène comme celle de l'émergence des défunts hors de leurs tombes, dans le vieux cimetière (qui a été reprise dans le clip de Michael Jackson “Thriller”, dans "Resident Evil 3", dans les deux premiers "Le retour des morts-vivants " et certainement ailleurs encore) a droit au statut de scène anthologique. De même que la vision cauchemardesque de ces patients ligotés en croix sur leurs lits d'hôpital...
Ce fut le seul film de zombies de Fulci ( hormis quelques scènes tournées pour "Zombi 3").
Il y en eut trois autres avec des zombies : "Frayeurs", "L'au-delà" et "La maison près du
cimetière". Mais les morts-vivants n'y sont pas la thématique centrale. Notons toutefois c'est
dans "L'au-delà" qu'on trouve la scène , reprise dans "Resident Evil Rebirth", du zombi surgissant de la baignoire remplie d'eau souillée. Dans le même jeu vidéo, la scène juste avant
l'écran de menu (celle où un corps emmailloté commence à se lever d'une civière avant de recevoir une balle)est quant à elle issue de "L'enfer des zombies".
Le film en lui-même
"L'enfer des zombies" a certes vieilli et possède encore cette structure trop fréquente jusqu'à la fin des années 70 : Action au début et à la fin, et au milieu quelques longueurs... Pour ça Romero a été plus novateur dans son approche. Son "Dawn of..." a un rythme bien plus nerveux quoique datant de l'année précédente. Dans un autre genre, comparer "Mad Max" à "Mad Max 2": trois ans d'écart seulement, mais une décennie de différence dans la conception !
Mais il a la patte Fulci : filmé avec une lenteur appliquée, proche de la complaisance (l'énucléation d'une malheureuse est filmée en gros plan, millimètre après millimètre)
"L'enfer des zombies"présente les morts-vivants les plus réussis de l'histoire du cinéma. Saluons la prouesse à une époque où bien entendu l'informatisation n'existait pas : c'est la vermine bien vivante qui grouille sur le visage des ressuscités !
A un budget étique Fulci pallie par l'originalité, ainsi on a droit à un combat entre un requin et un zombi aquatique : En effet, se déroulant essentiellement dans une île tropicale, le film nous délivre la genèse de l'infection. La seule scène un peu faible est lorqu'ils percutent le zombi avec la Land-Rover: pendant une seconde on voit clairement que le mannequin est jeté contre la calandre. Mais qu'est-ce comparé à la magnificence vénéneuse
et putride dans laquelle macère l'ensemble de l'oeuvre !
Le seul et unique film de zombies de Fulci donc, et ceux-là n'auraient certainement pas évolués comme le "Bub'" de Romero ! A peine dotés d'une étincelle vitale, ils avancent droit devant eux, toujours à la même allure inexorable, la tête sur la poitrine et les bras ballants, n'aggrippant leur victime que lorsqu'ils sont à sa proximité immédiate.
Il semblerait que leurs sens humains sont devenus inopérants, que la mort leur en a procuré un autre, nouveau, inexplicable. Fulci a là une autre approche du zombi que Romero, tout aussi fondamentale puisque ce film a fait école dans l'établissement des caractéristiques de ce monstre dans la cinématographie des décennies suivantes, puis dans celle du jeu vidéo.
Par le choix judicieux de couleurs d'ambiance adapté à chaque scène, et porté par la musique de Fabio Frizzi qui, à l'instar d'un John Carpenter, sait trouver en quelques notes de synthétiseur, sans grand orchestre ni haute technologie, la mélodie obsédante nécessaire à ce genre d'oeuvre, Lucio Fulci nous a délivré là non seulement un grand film, mais un monument esthétique. On aimera ou pas, mais connaître ce film est absolument indispensable.
Zombieater
Editeur : Neo Publishing
L’enfer des zombies
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